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Elisa Rigoulet | Matter of context

Elisa Rigoulet, art critic, curator
2013

Published in Diplomés 2012, catalog, Beaux-Arts de Paris les éditions
Translation Soshana Fearn

Fr

Les œuvres de Muriel Leray sont une affaire de contexte. Réalisées sur mesure, ces ensembles composés de cadres –plaques de verre ou cartons– et de mots déposés au vinyle agissent avec les murs, les angles, les radiateurs et les tuyaux qui les entourent dilatant toujours un peu plus les limites dans lesquels ils opèrent.

À la fois solidaires et indépendants, le cadre et le mot semblent organiser un ensemble hiérarchisé sur le modèle de l’opposition. Dessinant les contours d’un vide, le rectangle circonscrit un espace qui vient agir en contradiction à l’apparente volubilité du texte.

Permettant au contraire à l’artiste d’extraire son travail d’un monde trop bavard, c’est fragilisé dans sa syntaxe que ce dernier superpose ou entoure le cadre qui lui sert de pendant. Ne conservant du texte que son aspérité, Muriel Leray crée un trébuchement qui fait dérailler la bande et rompt définitivement l’homogénéité de l’ensemble.

Le point de basculement de ce "faire peu" qui opère par soustraction se situe dans le creux qui sépare le texte de son voisin géométrique. Le cadre qui fait "bloc" dans cet ensemble apparemment rodé au millimètre, fait quasiment le premier l’expérience de cette faille. En vidant l’espace où l’on tenterait maladroitement de mettre du sens, l’artiste soustrait son travail à une globalité qui accepterait tout et ne ferait le tri de rien. L’échec de cette saisie vient alors faire "bugger" l’énorme machine bruyante, permettant à chacun de s’octroyer le temps d’une pause.

En

Muriel Leray’s artworks are a matter of context. Custom-made, those ensembles made out of frames –glass or cardboard– and words settled in vinyl interact with the walls, angles, radiators and pipes surrounding them, always expanding further the limits in which they operate.

At the same time interdependent and independent, the frame and the word seem to organize an ensemble hierarchized on the model of opposition. Drawing the outline of a void, the rectangle defines a space that acts in contradiction with the seeming volubility of the text.

Contradictively allowing the artist to extract her work from an over-talkative world, it’s weakened in its syntax that the latter superposes or surrounds its counterpart frame. Keeping only its asperity from the text, Muriel Leray creates a stumble that makes the track derail and once and for all breaks off the ensemble’s homogeneity.

The tipping point of this "faire peu" operating through subtraction takes place in the gap that separates the text from its geometrical neighbor. The frame as a "block" in this ensemble that seems to be so precisely well oiled could almost be the first to experience this flaw. By hollowing the space where one would awkwardly try to induce meaning, the artist takes her work away from a world that would accept everything and wouldn’t sort through anything. The data capture failure causes the big loud machine to go into defunct mode, enabling each and every one to take some time out.