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Tableaux à-propos, Poésie éventuelle

du contenu à l'excès

[Frames on purpose, Potential poetry
from content to excess]

December 2007 - Michel Journiac gallery, Paris

Excerpt

(...) Alain Badiou, philosophe, lit les poèmes de Mallarmé comme une "pensée de la pensée" ; il entend par là qu'ils proposent au lecteur un trajet de pensée singulier qu'ils se doivent de suivre pour en jouir. En ce sens, Mallarmé n'est pas un poète hermétique, mais un poète difficile ; il ne cache pas un sens, mais, pour le lire, il faut engager toute sa pensée.

Les lignes proposent un trajet similaire pour l'écriture. Mallarmé tel qu'il est lu par Badiou ne fait entrer dans le texte que le corps du philosophe, sujet qui ne s'engage que par la pensée ; les lignes peuvent faire entrer dans leur texte un corps poète, c'est-à-dire un corps producteur de poésie, principalement centré sur ses organes d'écriture (oeil, oreille, main).

On note la critique de Meschonnic sur la lecture de Badiou dans Célébration de la poésie : selon Meschonnic, Badiou, en philosophe, ne lit que la moitié du poème, privilégie le sens au détriment du rythme accentuel et prosodique. Il y a autre chose que du sens à l’œuvre ; il y a une signifiance, c'est-à-dire une activité de langage qui mêle rythme et sens.

Ici, rabattre les lignes sur leur seul sens est impossible, sauf à ignorer délibérément tous les indices de cette "autre chose" qui n'est pas du sens et qui agit en elles : cadres, irrégularités syntaxiques... Le cadre n’a en effet pas pour fonction d’encadrer le travail, mais d’être poids, rebond, dynamique.